ImAgIn'AiR

Un peu de tout ce qui fait ma vie ...

08 février 2009

ENFIN !!!!!!!!!

yes

Deux semaines aprés le passage de Klaus, voilà qu'enfin le téléphone est rétabli, et du coup internet aussi.

Vous dire que ça m'a manqué serait ..... bien peu .... j'étais en manque en fait.
Heureusement Michel m'a permis de me connecter de chez lui par trois fois, j'ai pu avoir un peu de cette drogue informatique qu'est le web.
Et là, ouf !!!! J'ai l'accès total, à moi, rien qu'à moi, pour moi moi moi !!!!

Croisons les doigts pour que ça dure puisqu'on nous annonce de forts vents pour la nuit de lundi à mardi.
Rien de comparable, pas d'ouragan en vue, mais suffisamment de vent pour faire tomber les arbres qui jouent encore les filles de l'air, les branches qui se prennent pour des guirlandes et pendent accrochées ici et là, les arbres qui ont été largement secoués et qui encore une fois ont les racines dans une terre détrempée. Les réparations de fortune de l'EDF et de France Telecom ne tiendront pas longtemps face au vent.

Je crois que chacun de nous s'attend plus ou moins à revivre une petite période façon Koh-Lanta ..... espérons que ça ne sera pas le cas.
Je pense particulièrement aux habitants de la côté, ceux de Biscarosse notamment qui a été bien touché et qui sera en première ligne encore une fois sans doute.

Restons optimistes toutefois .... le vent pourrait changer d'avis et faire demi-tour .... qui sait?

Posté par domi40 à 10:36 - Journal d'une tempête - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 février 2009

Klaus -5-

Non, je ne suis toujours pas reliée au net malheureusement. Mais Michel me permet gentiment d'utiliser sa maison pour me connecter en son absence. Cela me permet de publier mes derniers blablas enregistrés dernièrement (sur word, d'où les quelques bizarreries de mise en page, désolée ...) et de mettre quelques photos dans les sujets déjà parus. L'album en lui même viendra plus tard, c'est trop long à faire dans l'immédiat.

 


 

Lundi 2 février.

 

 

 

Voilà, la vie reprend doucement, enfin presque puisque nous n’avons toujours pas de téléphone, donc toujours pas d’internet.

 

C’est pénible, mais c’est secondaire. Et je continue de me sentir isolée, coupée du monde, c’est idiot !

 

Je continue d’enregistrer sur word ce que je publierai plus tard, à la prochaine occasion de connexion.

 

 

 

Marion est retournée au collège ce matin, je suis allée en ville chercher des places de concert pour jeudi, ce soir je vais au sport, bref, tout est « normal » en sorte.

 

Alors pourquoi cette impression de temps suspendu ?

 

Il faut dire que la moindre sortie est l’occasion de réaliser que rien n’est « normal » finalement. Dehors, c’est la désolation.

 

P1050089 P1050095 P1050102

 

Partout ce ne sont qu’arbres déracinés, tôles vrillées, pas moyen d’oublier ce qui vient de se passer.

 

J’ai un peu de mal à reprendre pied dans le quotidien, comme si j’étais toujours dans la tempête, ou plutôt dans le « juste après tempête ».

 

Est-ce le décalage entre le confort retrouvé et la dévastation extérieure ?

 

Est-ce du aux véhicules de l'armée, des pompiers que l'on voit circuler et qui donnent l'impression d'être en état de siège ?

 

Je continue d’écouter France Bleue Gascogne sur la radio à piles, alors que j’ai la radio sur secteur à côté et que je n’écoutais jamais cette station auparavant. Je m’autorise depuis hier seulement à écouter de la musique. La télé ne tourne quasiment pas, elle me semble une intruse presque.

 

Je n’ai pas jeté les réserves d’eau faites. Je n’arrive pas à gâcher cette eau qui a été si rare. J’arrose les plantes, je la donne aux chiens, mais je ne peux pas la verser simplement dans l’évier.

 

J’allume beaucoup moins la lumière qu’avant.

 

Je n’ai pas passé le cap et ne suis pas encore sortie de la tempête. Et je me rends compte que, quelque part, je trouve incongru de faire les choses ordinaires alors que tant d’autres n’ont pas encore récupéré le minimum de confort.

 

Je ne suis pas allée au sport ni n’ai écouté de musique la semaine dernière à cause de ce sentiment bizarre. Pourtant, je suis parfaitement lucide et je sais pertinemment que me priver de « revivre » ne fera pas revenir l’électricité chez ceux qui l’attendent. C’est idiot. J’en ai conscience. Mais c’est comme ça !

 

 

 

C’est grave docteur ?


Mardi 03 février

 

Mes beaux-parents sont à nouveau branchés au réseau électrique depuis ce soir.
Juste après que l'EDF soit parti, nous étions à nouveau dans le noir, suite à une réparation ailleurs certainement. Je ne vous dis pas comme l'anxièté est revenue subitement. Nous savons très bien que les réparations sont provisoires. L'important est de brancher tout le monde dans l'urgence. Les vraies réparations viendront plus tard. Nous avons donc la désagréable certitude de dépendre de la sagesse du vent, des arbres qui s'évertuent à rester en suspend, luttant contre la loi de la pesanteur ... bref, tout peut casser d'un instant à l'autre et nous replonger ans le noir. Pour moins longtemps, certes, mais l'impression demeure, et ça n'a rien d'agréable.
Toujours pas de téléphone. "On" a dit à mon beau père qu'il faudrait peut être deux mois avant de retrouver la ligne. Je crois (j'espère!) qu'"on" s'est trompé, ça n'est pas possible.

 

A la prochaine !

Posté par domi40 à 11:24 - Journal d'une tempête - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 février 2009

klaus -4-

Nous pouvons maintenant faire profiter quelqu'un d'autre du groupe électrogène, car il ne faut pas oublier que bien des gens sont toujours sans rien.

 

Il n'y a plus de bougies ni de pile dans les magasins, certains n'ont aucune des améliorations dont nous bénéficions, je pense souvent à eux, ceux qui sont au milieu de la forêt, isolés de tout bien plus surement que nous ne l'étions. Je pense aux personnes seules qui n'ont pas forcément la santé, ni les possibilités de se manifester, j'espère que tout rentrera rapidement dans l'ordre pour eux aussi.

 

Hier à la radio, j'entendais un journaliste accompagner la croix rouge qui se rendait chez un homme seul de 33 ans. Il n'avait vu personne depuis 5 jours, n'avait pas eu le réflexe de partir de lui même au devant des autres, il attendait sans eau, sans radio, sans rien quoi, que quelqu'un vienne à lui. C'est avoir bien peu d'instinct de survie pour ne pas réagir à cet âge, mais cela laisse aussi deviner à quel point ce genre d'évènement peut être perturbant, au point de ne pas réagir logiquement.

 

Au cours de mes sorties, je me rends compte à quel point nous sommes nombreux à être quasiment des "miraculés". Certes, des maisons sont très abimées, des voitures écrasées. Mais finalement, je me dis qu'avec le nombre impressionnant d'arbres tombés aux abords des maisons, il y a comparativement peu d'habitations détruites. Certaines sont carrément entourées d'arbres à terre, mais seules quelques tuiles ou un peu du toit ont été touchés. Pour d'autres, un seul arbre à suffit à tout démolir. Les pertes humaines pourraient être gravissimes, et les dégâts à l'habitat encore plus considérables. Dans sa grande fureur, Klaus a peut être fait preuve d'une certaine clémence, mais pas envers tous.

 

Des renforts EDF, militaires et Télécom sont venus de partout, les choses devraient aller plus vite maintenant. Pourtant, on se demande parfois comment sont organiser les choses.

 

Hier, dans le village de Haut Mauco, 90 électriciens britanniques sont arrivés d'on ne sait où, seuls, sans interprètes, sans savoir où aller ni quoi faire. Comment se sont-ils trouvés parachutés seuls en pleine campagne ? Mystère ! Comment sont coordonnées les actions alors ? Dans le Gers, des militaires sont arrivés, oui, très bien, mais sans amener de matériel. Seront-ils très utiles ?

 

Si certaines choses sont remarquablement faites, si certaines personnes se sont révélées extrêmement surprenantes de générosité, d'inventivité, d'altruisme, il en reste qui ont été en dessous de tout, par égoïsme, par négligence ou incompétence, à tous niveaux.

 

Les travaux de construction d'autoroute ont été interrompus pas les intempéries. Les groupes électrogènes sont restés sur les chantiers. Il a fallu qu'un employé prévienne les journalistes de la radio qui en ont parlé à l'antenne pour que la société Eiffage, pour ne pas la citer, mette des groupes à la disposition. Où est la logique ? N'était-il pas du ressort des dirigeants de l'entreprise de proposer ces groupes, ou au préfet de les réquisitionner ?

 

Qu'attend-t'on lorsque une telle alerte est lancée pour mettre en branle un plan de secours et préparer le matériel à acheminer ? Les personnels EDF étaient largement prévenus visiblement puisque plusieurs centaines étaient dépêchés dans le sud-ouest dés la veille. Mais le matériel n'a pas suivi. Est-ce normal ?

 

La lourdeur administrative ne permet pas de réagir utilement dans l'urgence. Bien des choses sont faites. Mais elles pourraient être plus efficaces si ceux qui sont aux commandes étaient un tant soit peu réactifs.

 

Un ami me rappelait très justement que parmi les mesures prises, ou sensées être prises, après la tempête de 99, il était prévu d'envoyer des avertissements par sms en cas d'alerte rouge. Quid de ces belles décisions ?

 

Combien d'autres catastrophes faudra t'il avant que nos dirigeants ne prennent les bonnes dispositions pour éviter de trop graves conséquences ? Quand les lignes seront-elles souterraines ? Les millions d'euros qui vont partir dans les réparations n'auraient-ils pas pu servir à enterrer les lignes dans les zones sensibles ? Ou tout au moins à couper les arbres là où ils mettent les lignes en danger ? Je suis peut être naïve de croire qu'il vaut mieux prévenir que guérir, mais où s'arrête la naïveté et ou commence le bons sens ?

Posté par domi40 à 20:00 - Journal d'une tempête - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 février 2009

Klaus -3-

P1050011 P1050012

 

Dimanche, Alain va aider les voisins à ébrancher le pin qui bloque la route. Pas moyen de le tronçonner sans faire plus de dégâts, un agriculteur le soulèvera un peu plus tard avec un engin. La voiture de mon beau-père est suffisamment basse pour passer sous l'arbre. Alain va affronter la foule d'une petite surface pour acheter le minimum : eau, pain, piles, bougies, essence. Certains sont totalement déraisonnables et font des provisions pour tenir un siège. Il n'y a pas de pénurie, mais les gens vont la créer par leur attitude.

 

Les vieux réflexes idiots reprennent le dessus : les gens font le plein de carburant, achètent du sucre et surtout de la farine. On se demande bien ce qu’ils feront avec tout ça d'ailleurs ? Combien savent faire le pain ? Combien ont de quoi faire cuire le pain ? Et le sucre ? Mystère pour moi ! Bref, ils vident les rayons alors que les magasins vont être livrés sous peu. Certains auront des piles pour les 10 ans à venir alors que d'autres n'en ont pas du tout. L'Homme est parfois désespérant de bêtise et d'égoïsme !

 

 

 

Dimanche après-midi, pour occuper Marion, je l'initie un peu à la cosmétique bio. Nous cherchons les propriétés de certains produits à la bougie dans mes livres et lui préparons une petite crème. Elle lit aussi sur la planche à repasser, dans la lingerie qui n'a pas de volet, la pièce la plus éclairée.

 

Alain se rend à la vielle maison où nous habitions et qui est toujours à vendre pour évaluer les dégâts. La maison est à étage, le toit n'est pas jeune, nous nous attendons au pire. Finalement rien n'a bougé ! Le couple de personnes âgées qui étaient nos voisins n'ont vus personne de la mairie s'inquiéter d'eux. Ils n'ont pas de groupe, leurs enfants sont bloqués chez eux soit par l'eau, soit par les arbres, ils sont démunis et se préparent à jeter le contenu de leur congélateur. Alain revient ici, embarque le groupe et va l'installer chez eux pour 2 heures. Des amis, parents de la copine de Marion vont le chercher plus tard pour recharger leur congélateur également, puis nous le récupérons et relançons le groupe ici.

 

Diego va bien, il a dû ressentir quelque chose car durant deux jours il est collé à moi et ne me quitte guère.

 

Lundi, nous voyons arriver Michel, un ami qui habite tout prés de la ville. Il était à Anglet pour le week end et vient de rentrer. Il a vu le vent depuis la côte lui, j'imagine qu'il a eu peur, ça devait être impressionnant au bord de l'océan.

 

 

Sa maison n'a pas souffert, il a tout retrouvé, même internet, je lui demande de faire passer des nouvelles sur le blog.

 

Le voisin vient d'avoir une combine pour envoyer l'électricité du groupe à toute la maison. Il suffit d'une rallonge à deux prises mâles et disjoncter le compteur. Ainsi nous pouvons remonter les volets roulants, faire entrer le jour dans la maison, ça fait du bien ! Nous alimentons quelques prises et arrivons à utiliser la télé de la chambre. Mine de rien, le "modernisme" se faufile à nouveau dans la maison, nous ne pouvons tout faire, mais c'est un début.

 

Mardi matin, nous avons un filet d'eau, mais il faut déchanter rapidement, ça ne dure pas. L'eau reviendra dans la soirée mais ne sera pas potable dans l'immédiat. C'est déjà un petit miracle de tirer la chasse d'eau croyez-moi ! 

 

Les routes sont dégagées ou quasiment, je sors du quartier pour la première fois et vais faire quelques courses.

 

Le spectacle est désolant, pourtant, il n'y a plus d'arbres sur les voies principales, on pourrait presque dire que les choses sont redevenues "normales". Mais la vision de tous ces troncs découpés, de ces toits bâchés, des maisons cachées derrière les branchages fait froid dans le dos. Quelques arbres penchent encore dangereusement au dessus de la route, pourvu que le nécessaire soit fait avant un accident !

 

P1050010 P1050056

 

Ici, un abribus est broyé dans le fossé, bien loin de son lieu d'origine, là une voiture semble grimper dans un arbre, les panneaux de signalisation ne sont que des souvenirs, ils sont vrillés. Des parcelles entières d'arbres, petits et grands sont broyés sur place, taillés en pointe, ceux qui sont tombés des fossés sur la route ont emportés des quantités impressionnantes de terre avec eux, laissant des cratères remplis d'eau, soulevant le bitume, transformant les barrières de sécurité en grands-huit sordides ... Je n'ose pas imaginer le spectacle désolant qu'ont vu les premières personnes venues pour dégager les voies.

 

C'est à pleurer. D'ailleurs, ma belle-mère que je dépose chez le kiné ne fait que pleurer, la pauvre, elle ne peut pas se retenir, c'est incontrôlable.

 

Au supermarché, à la caisse, une dame jeune retraitée, bien maquillée, coiffée, à croire qu'elle sort de chez le coiffeur débite des conneries en faisant la queue. Elle m'énerve cette tordue. Mais lorsque je l'entends dire "qu'est-ce que le gouvernement attend pour réquisitionner tous ces chômeurs qui ne font rien pour déblayer les routes", sur le ton suffisant du "moi je sais tout, j'ai la solution", je ne peux pas m'empêcher de l'agresser en lui disant qu'on devrait plutôt réquisitionner les vieux connards. Il fallait que ça sorte et que je lui remette sa bêtise dans la bouche ! Croit-elle que tout un chacun est capable de manier la tronçonneuse sans se mettre en danger ?

 

Je me rends au centre ville pour voir l'état de la Midouze.Elle est largement hors de son lit, les parkings qui la bordent sont sous l'eau, certains ne reverront pas leur voiture de si tôt. Le lavoir est invisible.

 

P1050057 P1050058

 

Le parc de Nahuques, joli petit parc animalier ombragé ne ressemble plus à rien. Heureusement, aucun animal n'est mort.

 

P1050061

 

A Grenade, l'Adour est en furie, les berges sont inexistantes.

 

P1050050 P1050051 P1050055

 

Je passe devant le collège de Marion pour voir ce qu'il en est, un affichage indique qu'il est ouvert mais accueillera les élèves lorsque les transports scolaires auront repris. La radio indique : pas de transports avant lundi. Donc, si je comprends bien, le collège est ouvert, mais pas ouvert.

 

Alain reprend le travail dans le collège de Saint Sever dés mardi matin pour remettre en peu d'ordre, et mercredi pour une poignée d'élèves de la ville. Eux ils sont ouverts-ouverts.

 

Certains profs maintiennent le préavis de grève pour jeudi. J'aurais honte à leur place ! Comment peut-on songer à faire grève en ce moment dans notre département ? Quelque chose me dépasse !

 

Mardi, je suis épuisée, sans doute le contrecoup, la baisse d'adrénaline qui laisse place à un peu de dépression. Je n'ai qu'une envie : dormir, pourtant je n'y arrive pas.

 

Mercredi, nous remettons la parabole en état. Alain est content de retrouver la télé pour de bon. Pour Marion et moi, c'est une petite amélioration. Ce qui nous manque vraiment, c'est internet et le téléphone ! Et ça .... je ne sais quand nous l'aurons !

 

La ligne électrique de mes beaux-parents est vraiment trop endommagée, eux ne sont toujours pas alimentés. Nous avons donc installé une rallonge partant de notre compteur et donnant sur une de leur prises; ils peuvent ainsi utiliser la lumière, faire tourner le frais en continue. Si notre compteur n'est pas fait pour alimenter deux maisons, en faisant attention à ne pas surcharger la consommation, nous arrivons à tourner à deux habitats. Mais vivement que les choses reprennent leur cours normal.

 

Et vivement que je puisse revenir sur la toile, ça me manque vraiment !!

Posté par domi40 à 20:00 - Journal d'une tempête - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 janvier 2009

klaus -2-

En début d'après-midi, le vent a molli, mais il souffle encore beaucoup.

 

On entend démarrer les premières tronçonneuses.

 

Nous nous sentons hébétés, groggys.

 

Lorsque le silence est suffisant, nous entendons quelques craquements sinistres des arbres qui continuent de tomber. C'est terrible ce bruit, je crois que je ne pourrai jamais l'oublier.

 

Nous parlons avec les voisins par dessus la clôture branlante. Indy s'énerve à nos pieds, elle veut creuser. En la regardant faire, je suis prise d'un doute ... aurais-je abusé de substances illicites ? Je vois la terre respirer à nos pieds, comme si une poitrine se remplissait d'air sous la surface. Passée la première incrédulité, ma seconde pensée est : nous allons avoir un tremblement de terre ! Là je prends une décharge d'adrénaline ! Troisième pensée mais cohérente celle-ci : c'est l'arbre proche qui menace de s'arracher, et nous voyons la terre se soulever avec les racines. Finalement, il tiendra bon, mais je crois que je me souviendrai longtemps de cette impression d'irréalisme, d'incompréhension totale et cette peur qu'un évènement pire n'arrive.

 

L'intérieur de la maison est partiellement dans le noir à cause des volets électriques que nous n'avons pu relever.

 

La pression d'eau baisse, j'ai le réflexe de remplir d'eau tout ce qui me tombe sous la main, et je suis bien inspirée car bientôt nous n'avons plus une goutte au robinet. Et cela va durer !

 

Il pleut sans arrêt. Alain et son père se démènent pour mettre à l'abri le foin et le bois de cheminée qui se trouvaient sous la grange écroulée.

 

Il faut faire face à l'imprévu, trouver de quoi organiser la vie, privés subitement de tout modernisme et coupés du monde.

 

Nous habitons au bout d'une impasse en pleine campagne, à quelques centaines de mètres un pin est en travers de la chaussée, sa cime sur une maison, rien de très grave heureusement. Les fils électriques traversent le jardin, la route, tout cela est très perturbant, on ne peut quitter l'impasse.

 

Heureusement, la tempête de 99 nous avait si bien pris au dépourvu que nous avions ensuite rapidement acheté un groupe électrogène qui n'a jamais servi depuis d'ailleurs. Il y a un peu d'essence, de quoi le faire tourner quelques heures, mais nous n'irons pas loin et pas moyen d'aller en acheter. Il faut économiser le carburant.

 

Nous le mettons en route, tirons des rallonges pour alimenter mes beaux-parents et mettons en sécurité les réfrigérateurs et congélateurs, on hésite à lui demander plus, c'est un petit groupe, il ne faudrait pas qu'il nous lâche.

 

Pour la lumière, nous utilisons les bougies. A part les petites bougies de déco qui restent de noël et quelques bougies chauffe-plat, impossible de trouver les chandelles que nous sommes surs d'avoir ... mais où ? A ce jour, nous ne les avons toujours pas retrouvées d'ailleurs ! Quelques piles, lampes torches, mais nous ne sommes pas très bien équipés ... évidement, quand tout va bien, on ne pense pas à s'assurer qu'on a le nécessaire pour "au cas où". La radio "winnie l'ourson" offerte à Marion en 99, juste avant la tempête et qui nous avait permis de suivre les infos à ce moment là est à piles et reprend du service.

 

Ce sera notre lien avec l'extérieur durant plusieurs jours. Nous écoutons France Bleue Gascogne, où sont diffusées non stop toutes les infos concernant la région, plus des messages personnels de gens qui tentent de faire passer des nouvelles à leurs proches. J'ai écouté cette radio quasiment sans arrêt durant quatre jours, ils ont fait un travail formidable en servant de relai. Les maires des communes venaient y déposer des informations destinées à leurs administrés, des gens signalaient les personnes isolées ou malades à voir en priorité, c'est inouï à quel point cette radio et ceux qui y travaillent ont été utiles et efficaces.

 

A la maison, tout est électrique. Tirant quelques petites leçons de 99, dés notre installation ici, j'ai acheté une petite plaque à gaz qui n'a jamais servi non plus. Nous utilisons la bouteille de gaz de la plancha, elle n'en contient pas beaucoup, mais c'est un bon début.

 

Pour l'eau de boisson, j'ai ai fait une provision suffisante avant la coupure, nous avons de quoi tenir 2 ou 3 jours. Pour le reste : vaisselle, toilette, chasse d'eau, boisson des juments, nous puisons dans la piscine où l'eau est suffisamment propre pour ces usages.

 

Bien entendu, nous n'avons plus de téléphone. La ligne est coupée, mais de toute façon, avec les téléphones actuels qui dépendent de l'électricité, nous n'aurions pu téléphoner. Il faudra se procurer un vieil appareil filaire, c'est utile. Pas d'internet cela va sans dire. Pas de ligne pour les mobiles non plus.

 

J'arrive avec bien du mal de temps en temps à envoyer un sms ou en recevoir un, échanger quelques mots avec ma belle-sœur, puis tout se brouille à nouveau, le réseau n'est pas fiable et le peu qui fonctionne est submergé. Nous sommes coupés du monde.

 

Pas de chauffage bien entendu, heureusement, nous avons fait poser une cheminée avec insert en Octobre. Elle sera notre moyen de chauffage, et puisque heureusement il ne fait pas très froid et que la maison est très bien isolée, ça sera largement suffisant pour vivre à 18°.

 

Pour se laver, nous utilisons la vielle méthode : eau chauffée sur la gazinière et toilette au gant dans la bassine. Nous arrivons à nous laver les cheveux, le tout est de s'organiser et ne pas gâcher l'eau.

 

Notre vie va ainsi tourner autour du système D et de l'organisation.

 

Tout est forcément plus long, plus difficile, moins pratique.

 

On a beau appuyer sur le bouton, tourner les robinets par pure habitude, rien ne se passe, il faut penser à tout ce que nous faisons.

 

Se laver les dents ? Penser à partir avec sa bouteille d'eau, la lampe ou la bougie selon l'heure. Se laver ? Penser à aller chercher l'eau à la piscine, pour ça, éloigner les feuilles et autres impuretés pour ne prendre que de l'eau "propre", faire chauffer l'eau, laver la bassine en ne gâchant pas, mélanger eau chaude et froide, transporter sa bassine dans la douche, en vider une partie dans une autre bassine qui servira au savonnage, conserver l'eau propre pour le rinçage ... Il faut prés de 20 minutes avant de pouvoir enfin toucher le savon.

 

Donner à boire aux juments ? Idem, corvée d'eau de piscine, faire des allers-retours avec les seaux à bout de bras. Et les garces, elles boivent à trois !

 

Bref, tout le nécessaire se fait, différemment, beaucoup plus lentement. Le cerveau est toujours en action pour trouver une solution, une astuce. Le cerveau est toujours en action pour espérer que les choses vont vite s'arranger. Le cerveau est toujours en action en pensant aux gens qui sont moins chanceux que nous, qui ont tout perdu ou qui n'ont ni groupe électrogène, ni eau, ni mobile, ni cheminée .... nous sommes des privilégiés dans cette galère, vraiment il n'y a pas de quoi se plaindre.

 

Nous faisons circuler les groupes électrogènes entre voisins pour maintenir les congélateurs en état.

 

Samedi soir, nous fêtons notre chance de ne rien avoir avec une bouteille de champagne à la chandelle. Petit moment de luxe réconfortant au milieu de la galère. Le soir, je lis à la bougie en écoutant la radio, il faut tuer le temps, vaincre l'angoisse. Le réseau mobile est parfois suffisant pour recevoir un appel. Ce soir là, je peux parler à Patte et Nicolas, le fils d'Alain. Ca fait du bien de communiquer un peu, de les rassurer.

 

P1050022 P1050027

Posté par domi40 à 20:00 - Journal d'une tempête - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1