08 février 2009
ENFIN !!!!!!!!!
Deux semaines aprés le passage de Klaus, voilà qu'enfin le téléphone est rétabli, et du coup internet aussi.
Vous dire que ça m'a manqué serait ..... bien peu .... j'étais en manque en fait.
Heureusement Michel m'a permis de me connecter de chez lui par trois fois, j'ai pu avoir un peu de cette drogue informatique qu'est le web.
Et là, ouf !!!! J'ai l'accès total, à moi, rien qu'à moi, pour moi moi moi !!!!
Croisons les doigts pour que ça dure puisqu'on nous annonce de forts vents pour la nuit de lundi à mardi.
Rien de comparable, pas d'ouragan en vue, mais suffisamment de vent pour faire tomber les arbres qui jouent encore les filles de l'air, les branches qui se prennent pour des guirlandes et pendent accrochées ici et là, les arbres qui ont été largement secoués et qui encore une fois ont les racines dans une terre détrempée. Les réparations de fortune de l'EDF et de France Telecom ne tiendront pas longtemps face au vent.
Je crois que chacun de nous s'attend plus ou moins à revivre une petite période façon Koh-Lanta ..... espérons que ça ne sera pas le cas.
Je pense particulièrement aux habitants de la côté, ceux de Biscarosse notamment qui a été bien touché et qui sera en première ligne encore une fois sans doute.
Restons optimistes toutefois .... le vent pourrait changer d'avis et faire demi-tour .... qui sait?
04 février 2009
Klaus -5-
Non, je ne suis toujours pas reliée au net malheureusement. Mais Michel me permet gentiment d'utiliser sa maison pour me connecter en son absence. Cela me permet de publier mes derniers blablas enregistrés dernièrement (sur word, d'où les quelques bizarreries de mise en page, désolée ...) et de mettre quelques photos dans les sujets déjà parus. L'album en lui même viendra plus tard, c'est trop long à faire dans l'immédiat.
Lundi 2 février.
Voilà, la vie reprend doucement, enfin presque puisque nous n’avons toujours pas de téléphone, donc toujours pas d’internet.
C’est pénible, mais c’est secondaire. Et je continue de me sentir isolée, coupée du monde, c’est idiot !
Je continue d’enregistrer sur word ce que je publierai plus tard, à la prochaine occasion de connexion.
Marion est retournée au collège ce matin, je suis allée en ville chercher des places de concert pour jeudi, ce soir je vais au sport, bref, tout est « normal » en sorte.
Alors pourquoi cette impression de temps suspendu ?
Il faut dire que la moindre sortie est l’occasion de réaliser que rien n’est « normal » finalement. Dehors, c’est la désolation.
Partout ce ne sont qu’arbres déracinés, tôles vrillées, pas moyen d’oublier ce qui vient de se passer.
J’ai un peu de mal à reprendre pied dans le quotidien, comme si j’étais toujours dans la tempête, ou plutôt dans le « juste après tempête ».
Est-ce le décalage entre le confort retrouvé et la dévastation extérieure ?
Est-ce du aux véhicules de l'armée, des pompiers que l'on voit circuler et qui donnent l'impression d'être en état de siège ?
Je continue d’écouter France Bleue Gascogne sur la radio à piles, alors que j’ai la radio sur secteur à côté et que je n’écoutais jamais cette station auparavant. Je m’autorise depuis hier seulement à écouter de la musique. La télé ne tourne quasiment pas, elle me semble une intruse presque.
Je n’ai pas jeté les réserves d’eau faites. Je n’arrive pas à gâcher cette eau qui a été si rare. J’arrose les plantes, je la donne aux chiens, mais je ne peux pas la verser simplement dans l’évier.
J’allume beaucoup moins la lumière qu’avant.
Je n’ai pas passé le cap et ne suis pas encore sortie de la tempête. Et je me rends compte que, quelque part, je trouve incongru de faire les choses ordinaires alors que tant d’autres n’ont pas encore récupéré le minimum de confort.
Je ne suis pas allée au sport ni n’ai écouté de musique la semaine dernière à cause de ce sentiment bizarre. Pourtant, je suis parfaitement lucide et je sais pertinemment que me priver de « revivre » ne fera pas revenir l’électricité chez ceux qui l’attendent. C’est idiot. J’en ai conscience. Mais c’est comme ça !
C’est grave docteur ?
Mardi 03 février
Mes beaux-parents sont à nouveau branchés au réseau électrique depuis ce soir.
Juste après que l'EDF soit parti, nous étions à nouveau dans le noir, suite à une réparation ailleurs certainement. Je ne vous dis pas comme l'anxièté est revenue subitement. Nous savons très bien que les réparations sont provisoires. L'important est de brancher tout le monde dans l'urgence. Les vraies réparations viendront plus tard. Nous avons donc la désagréable certitude de dépendre de la sagesse du vent, des arbres qui s'évertuent à rester en suspend, luttant contre la loi de la pesanteur ... bref, tout peut casser d'un instant à l'autre et nous replonger ans le noir. Pour moins longtemps, certes, mais l'impression demeure, et ça n'a rien d'agréable.
Toujours pas de téléphone. "On" a dit à mon beau père qu'il faudrait peut être deux mois avant de retrouver la ligne. Je crois (j'espère!) qu'"on" s'est trompé, ça n'est pas possible.
A la prochaine !
02 février 2009
klaus -4-
Nous pouvons maintenant faire profiter quelqu'un d'autre du groupe électrogène, car il ne faut pas oublier que bien des gens sont toujours sans rien.
Il n'y a plus de bougies ni de pile dans les magasins, certains n'ont aucune des améliorations dont nous bénéficions, je pense souvent à eux, ceux qui sont au milieu de la forêt, isolés de tout bien plus surement que nous ne l'étions. Je pense aux personnes seules qui n'ont pas forcément la santé, ni les possibilités de se manifester, j'espère que tout rentrera rapidement dans l'ordre pour eux aussi.
Hier, dans le village de Haut Mauco, 90 électriciens britanniques sont arrivés d'on ne sait où, seuls, sans interprètes, sans savoir où aller ni quoi faire. Comment se sont-ils trouvés parachutés seuls en pleine campagne ? Mystère ! Comment sont coordonnées les actions alors ? Dans le Gers, des militaires sont arrivés, oui, très bien, mais sans amener de matériel. Seront-ils très utiles ?
Si certaines choses sont remarquablement faites, si certaines personnes se sont révélées extrêmement surprenantes de générosité, d'inventivité, d'altruisme, il en reste qui ont été en dessous de tout, par égoïsme, par négligence ou incompétence, à tous niveaux.
Les travaux de construction d'autoroute ont été interrompus pas les intempéries. Les groupes électrogènes sont restés sur les chantiers. Il a fallu qu'un employé prévienne les journalistes de la radio qui en ont parlé à l'antenne pour que la société Eiffage, pour ne pas la citer, mette des groupes à la disposition. Où est la logique ? N'était-il pas du ressort des dirigeants de l'entreprise de proposer ces groupes, ou au préfet de les réquisitionner ?
Qu'attend-t'on lorsque une telle alerte est lancée pour mettre en branle un plan de secours et préparer le matériel à acheminer ? Les personnels EDF étaient largement prévenus visiblement puisque plusieurs centaines étaient dépêchés dans le sud-ouest dés la veille. Mais le matériel n'a pas suivi. Est-ce normal ?
Un ami me rappelait très justement que parmi les mesures prises, ou sensées être prises, après la tempête de 99, il était prévu d'envoyer des avertissements par sms en cas d'alerte rouge. Quid de ces belles décisions ?
Combien d'autres catastrophes faudra t'il avant que nos dirigeants ne prennent les bonnes dispositions pour éviter de trop graves conséquences ? Quand les lignes seront-elles souterraines ? Les millions d'euros qui vont partir dans les réparations n'auraient-ils pas pu servir à enterrer les lignes dans les zones sensibles ? Ou tout au moins à couper les arbres là où ils mettent les lignes en danger ? Je suis peut être naïve de croire qu'il vaut mieux prévenir que guérir, mais où s'arrête la naïveté et ou commence le bons sens ?
01 février 2009
Klaus -3-
Dimanche, Alain va aider les voisins à ébrancher le pin qui bloque la route. Pas moyen de le tronçonner sans faire plus de dégâts, un agriculteur le soulèvera un peu plus tard avec un engin. La voiture de mon beau-père est suffisamment basse pour passer sous l'arbre. Alain va affronter la foule d'une petite surface pour acheter le minimum : eau, pain, piles, bougies, essence. Certains sont totalement déraisonnables et font des provisions pour tenir un siège. Il n'y a pas de pénurie, mais les gens vont la créer par leur attitude.
Les vieux réflexes idiots reprennent le dessus : les gens font le plein de carburant, achètent du sucre et surtout de la farine. On se demande bien ce qu’ils feront avec tout ça d'ailleurs ? Combien savent faire le pain ? Combien ont de quoi faire cuire le pain ? Et le sucre ? Mystère pour moi ! Bref, ils vident les rayons alors que les magasins vont être livrés sous peu. Certains auront des piles pour les 10 ans à venir alors que d'autres n'en ont pas du tout. L'Homme est parfois désespérant de bêtise et d'égoïsme !
Dimanche après-midi, pour occuper Marion, je l'initie un peu à la cosmétique bio. Nous cherchons les propriétés de certains produits à la bougie dans mes livres et lui préparons une petite crème. Elle lit aussi sur la planche à repasser, dans la lingerie qui n'a pas de volet, la pièce la plus éclairée.
Alain se rend à la vielle maison où nous habitions et qui est toujours à vendre pour évaluer les dégâts. La maison est à étage, le toit n'est pas jeune, nous nous attendons au pire. Finalement rien n'a bougé ! Le couple de personnes âgées qui étaient nos voisins n'ont vus personne de la mairie s'inquiéter d'eux. Ils n'ont pas de groupe, leurs enfants sont bloqués chez eux soit par l'eau, soit par les arbres, ils sont démunis et se préparent à jeter le contenu de leur congélateur. Alain revient ici, embarque le groupe et va l'installer chez eux pour 2 heures. Des amis, parents de la copine de Marion vont le chercher plus tard pour recharger leur congélateur également, puis nous le récupérons et relançons le groupe ici.
Diego va bien, il a dû ressentir quelque chose car durant deux jours il est collé à moi et ne me quitte guère.
Sa maison n'a pas souffert, il a tout retrouvé, même internet, je lui demande de faire passer des nouvelles sur le blog.
Les routes sont dégagées ou quasiment, je sors du quartier pour la première fois et vais faire quelques courses.
Le spectacle est désolant, pourtant, il n'y a plus d'arbres sur les voies principales, on pourrait presque dire que les choses sont redevenues "normales". Mais la vision de tous ces troncs découpés, de ces toits bâchés, des maisons cachées derrière les branchages fait froid dans le dos. Quelques arbres penchent encore dangereusement au dessus de la route, pourvu que le nécessaire soit fait avant un accident !
Ici, un abribus est broyé dans le fossé, bien loin de son lieu d'origine, là une voiture semble grimper dans un arbre, les panneaux de signalisation ne sont que des souvenirs, ils sont vrillés. Des parcelles entières d'arbres, petits et grands sont broyés sur place, taillés en pointe, ceux qui sont tombés des fossés sur la route ont emportés des quantités impressionnantes de terre avec eux, laissant des cratères remplis d'eau, soulevant le bitume, transformant les barrières de sécurité en grands-huit sordides ... Je n'ose pas imaginer le spectacle désolant qu'ont vu les premières personnes venues pour dégager les voies.
Au supermarché, à la caisse, une dame jeune retraitée, bien maquillée, coiffée, à croire qu'elle sort de chez le coiffeur débite des conneries en faisant la queue. Elle m'énerve cette tordue. Mais lorsque je l'entends dire "qu'est-ce que le gouvernement attend pour réquisitionner tous ces chômeurs qui ne font rien pour déblayer les routes", sur le ton suffisant du "moi je sais tout, j'ai la solution", je ne peux pas m'empêcher de l'agresser en lui disant qu'on devrait plutôt réquisitionner les vieux connards. Il fallait que ça sorte et que je lui remette sa bêtise dans la bouche ! Croit-elle que tout un chacun est capable de manier la tronçonneuse sans se mettre en danger ?
Le parc de Nahuques, joli petit parc animalier ombragé ne ressemble plus à rien. Heureusement, aucun animal n'est mort.
A Grenade, l'Adour est en furie, les berges sont inexistantes.
Je passe devant le collège de Marion pour voir ce qu'il en est, un affichage indique qu'il est ouvert mais accueillera les élèves lorsque les transports scolaires auront repris. La radio indique : pas de transports avant lundi. Donc, si je comprends bien, le collège est ouvert, mais pas ouvert.
Alain reprend le travail dans le collège de Saint Sever dés mardi matin pour remettre en peu d'ordre, et mercredi pour une poignée d'élèves de la ville. Eux ils sont ouverts-ouverts.
Certains profs maintiennent le préavis de grève pour jeudi. J'aurais honte à leur place ! Comment peut-on songer à faire grève en ce moment dans notre département ? Quelque chose me dépasse !
Et vivement que je puisse revenir sur la toile, ça me manque vraiment !!
31 janvier 2009
klaus -2-
En début d'après-midi, le vent a molli, mais il souffle encore beaucoup.
On entend démarrer les premières tronçonneuses.
Nous nous sentons hébétés, groggys.
Lorsque le silence est suffisant, nous entendons quelques craquements sinistres des arbres qui continuent de tomber. C'est terrible ce bruit, je crois que je ne pourrai jamais l'oublier.
La pression d'eau baisse, j'ai le réflexe de remplir d'eau tout ce qui me tombe sous la main, et je suis bien inspirée car bientôt nous n'avons plus une goutte au robinet. Et cela va durer !
Il pleut sans arrêt. Alain et son père se démènent pour mettre à l'abri le foin et le bois de cheminée qui se trouvaient sous la grange écroulée.
Nous habitons au bout d'une impasse en pleine campagne, à quelques centaines de mètres un pin est en travers de la chaussée, sa cime sur une maison, rien de très grave heureusement. Les fils électriques traversent le jardin, la route, tout cela est très perturbant, on ne peut quitter l'impasse.
Nous le mettons en route, tirons des rallonges pour alimenter mes beaux-parents et mettons en sécurité les réfrigérateurs et congélateurs, on hésite à lui demander plus, c'est un petit groupe, il ne faudrait pas qu'il nous lâche.
Pour la lumière, nous utilisons les bougies. A part les petites bougies de déco qui restent de noël et quelques bougies chauffe-plat, impossible de trouver les chandelles que nous sommes surs d'avoir ... mais où ? A ce jour, nous ne les avons toujours pas retrouvées d'ailleurs ! Quelques piles, lampes torches, mais nous ne sommes pas très bien équipés ... évidement, quand tout va bien, on ne pense pas à s'assurer qu'on a le nécessaire pour "au cas où". La radio "winnie l'ourson" offerte à Marion en 99, juste avant la tempête et qui nous avait permis de suivre les infos à ce moment là est à piles et reprend du service.
Ce sera notre lien avec l'extérieur durant plusieurs jours. Nous écoutons France Bleue Gascogne, où sont diffusées non stop toutes les infos concernant la région, plus des messages personnels de gens qui tentent de faire passer des nouvelles à leurs proches. J'ai écouté cette radio quasiment sans arrêt durant quatre jours, ils ont fait un travail formidable en servant de relai. Les maires des communes venaient y déposer des informations destinées à leurs administrés, des gens signalaient les personnes isolées ou malades à voir en priorité, c'est inouï à quel point cette radio et ceux qui y travaillent ont été utiles et efficaces.
Pour l'eau de boisson, j'ai ai fait une provision suffisante avant la coupure, nous avons de quoi tenir 2 ou 3 jours. Pour le reste : vaisselle, toilette, chasse d'eau, boisson des juments, nous puisons dans la piscine où l'eau est suffisamment propre pour ces usages.
J'arrive avec bien du mal de temps en temps à envoyer un sms ou en recevoir un, échanger quelques mots avec ma belle-sœur, puis tout se brouille à nouveau, le réseau n'est pas fiable et le peu qui fonctionne est submergé. Nous sommes coupés du monde.
Pas de chauffage bien entendu, heureusement, nous avons fait poser une cheminée avec insert en Octobre. Elle sera notre moyen de chauffage, et puisque heureusement il ne fait pas très froid et que la maison est très bien isolée, ça sera largement suffisant pour vivre à 18°.
Notre vie va ainsi tourner autour du système D et de l'organisation.
Tout est forcément plus long, plus difficile, moins pratique.
Se laver les dents ? Penser à partir avec sa bouteille d'eau, la lampe ou la bougie selon l'heure. Se laver ? Penser à aller chercher l'eau à la piscine, pour ça, éloigner les feuilles et autres impuretés pour ne prendre que de l'eau "propre", faire chauffer l'eau, laver la bassine en ne gâchant pas, mélanger eau chaude et froide, transporter sa bassine dans la douche, en vider une partie dans une autre bassine qui servira au savonnage, conserver l'eau propre pour le rinçage ... Il faut prés de 20 minutes avant de pouvoir enfin toucher le savon.
Donner à boire aux juments ? Idem, corvée d'eau de piscine, faire des allers-retours avec les seaux à bout de bras. Et les garces, elles boivent à trois !
Nous faisons circuler les groupes électrogènes entre voisins pour maintenir les congélateurs en état.

















































